Le poison Boya
Les deux équipes, qui n'alignaient que deux attaquants à elles deux, annonçaient la couleur, avec deux blocs bien regroupés, et des espaces fermés. Les occasions allaient donc mettre du temps à arriver, la frappe molle de Machado (5e) et celle, vrillée, de Grandin (11e) n'étant pas vraiment à qualifier d'occasions. Après une tête non cadrée de César (16e), les Isérois allaient augmenter leur domination, et l'absence de Matuidi se faisait alors cruellement sentir : moins bien protégée que d'habitude, la défense stéphanoise tenait miraculeusement. Boya, intenable, faisait souffrir le martyr Benalouane et Sauget, et offrait un caviar à Courtois, maladroit (20e), puis remettait un ballon à Grandin, dont le lob tutoyait la barre d'un Janot nettement battu (21e). Perrin mettait un peu d'ordre dans sa défense mais le ballon était toujours grenoblois, même si Mirallas parvenait ponctuellement à semer la panique dans la défense du promu (31e) avant de se voir refuser un but pour une faute discutable (34e). Juste avant les citrons, César déviait un coup-franc de Batlles mais Janot s'envolait (42e), avant qu'Ilan, puis Mirallas sur le corner qui suivait, ne ratent l'ouverture du score d'un rien (45e).
Akrour tout au bout
Le match reprenait sur les mêmes bases après la pause : des Grenoblois maîtres du jeu, et des Stéphanois étouffés par le pressing isérois, et incapables d'inquiéter Wimbée. Janot, en revanche, voyait d'entrée Moreira trop enlever sa reprise (49e). Si Ilan (52e) puis Payet (61e) parvenaient à frapper, sans trouver le cadre, la pression était nettement iséroise, et c'était au tour du GF 38 de se voir refuser un but, de Batlles, pour un hors-jeu de Grandin (63e). Là encore, le ralenti était cruel pour le trio arbitral... Choix qui rendait fou furieux Mehmet Bazdarevic, renvoyé en tribunes par l'arbitre (66e). Ça ne troublait pas son équipe, qui maîtrisait tranquillement une équipe stéphanoise très pâle, et qui voyait Akrour, tout seul, rater une occasion énorme (73e). La fin de rencontre était brouillonne, entre la blessure de Dabo (80e), le carton rouge direct de Tavlaridis (82e), et un tir d'Akrour, bien capté par Janot (90e). Mais alors que le match se terminait, Boya effectuait une énième remise vers Akrour, qui trompait Janot du gauche (1-0, 93e). Si Grenoble est bien parti pour se maintenir, Saint-Etienne, en revanche, doit se faire de gros soucis pour son avenir.
Pour une fois, Grenoble a fait le jeu, et aurait sans doute pu faire la différence avant. L'apport de Boya, arrivé au mercato du Rapid Bucarest, est énorme : son physique et ses remises, notamment sur le but, ont fait très mal à la défense stéphanoise. L'activité de Courtois, dans l'axe ou sur la gauche, et la vista de Batlles ont également été intéressantes. Derrière, rarement Wimbée n'avait été aussi peu sollicité, grâce à la défense solide de Paillot et César. Grenoble se dirige vers le maintien, et ce n'est pas immérité.
Alain Perrin a trouvé, dans ce match, matière pour affûter sa légendaire intransigeance. Non seulement ses joueurs ont failli dans la concentration en fin de match, comme à Monaco (2-2), contre Le Mans (1-1) ou Bordeaux (1-1). Mais en plus son équipe est apparu réellement inférieure dans le jeu contre le promu. «Il n'y a pas de hasard» a commenté l'entraîneur des Verts, sans perdre de temps dans des explications. «C'est comme ça.» «La situation est inquiétante depuis un certain temps déjà, et ce soir, on n'a pas été suffisamment présent dans les duels pour gêner les Grenoblois. Tout ça est insuffisant.» Jérémie Janot ne nie pas non plus que son équipe a très peu pesé dans les débats. «Le succès des Grenoblois n'est pas volé, reconnaît le portier stéphanois. On a été mis en difficulté par leur vitesse, leur volonté et on n'a pas réussi à conserver le nul en fin de match.» Une priorité désormais pour les Verts, relégables : «Ne pas craquer».
Mecha Bazdarevic, entraîneur de Grenoble, appuie là où ça fait mal pour l'ASSE, qui a perdu sept points dans les dernières secondes en 2009. «On avait eu des occasions plus faciles à concrétiser en première mi-temps, mais on a encore marqué sur la fin. Dans l'ensemble, je crois que c'est une victoire méritée. On est dans une bonne dynamique, rien n'est encore fait pour le maintien, mais 35 points, c'est déjà un bon matelas. Avec cette victoire, on va aborder la suite avec plus de sérénité, plus de tranquillité.» La semaine prochaine, Grenoble se rend à Lille.